La Précocité Intellectuelle : « L’Aisne Nouvelle »

« Il est important de dépister les enfants tôt ! »

Comment définit-on un enfant intellectuellement précoce?

Catherine Raverdy, Psychologue : « Justement c’est une notion qui pose des problèmes  en terme de définition. Peu d’études scientifiques ont été consacrées à ce sujet. C’est un phénomène que l’on évoque pas beaucoup. On parle de prodige, d’expert ou encore de génie. On imagine souvent qu’il s’agit d’un enfant idéal qui serait premier de la classe …Une chose est sûre : leur quotient intellectuel est supérieur à 130 .  »

Existe-t-il des signes qui permettent de détecter cet état ?

« L’enfant fait souvent preuve d’hyperactivité ou ressent une émotivité disproportionnée. Ca peut-être une fille qui geint ou un garçon qui saute dans tous les sens . »

Quelles sont ses compétences ?

« Il possède un raissonnement arithmétique incroyable. Il manipule l’information avec une extrême rapidité, sans passer par les étapes classiques du raisonnement. Ca lui échappe complètement. Une partie de sa propre pensée lui échappe d’ailleurs. C’est quelque chose qui peut lui être difficile à vivre : il peut éprouver de la souffrance par rapport à ses camarades. L’enfant intellectuellement précoce traite de la façon simultanée les choses, et non de manière séquentielle. Sa pensée se déploie sans limite, avec le côté créatif qui évolue constamment. Sur le plan affectif, il ressent une hypersensibilité, et a une perception surdimentionnée du monde qui l’entoure. Tout est est très aiguisé chez lui. Il fait preuve d’empathie et éprouve de l’anxiété. Les EIP gèrent leur état émotionnel et ceux des autres. Ils s’identifient aux autres. Ils décèlent les limites, les failles des adultes. »

Quels sont les centres d’intérêt ?

« Leurs centres d’intérêts sont récurrents. Ils se passionnent pour l’Egypte, la mythologie, les ordinateurs, l’archéologie, la paléontologie, les planètes ou l’univers. Car derrière ces thèmes, se pose la question de l’origine : « Je viens d’où ?, « Qui suis-je ? ». Chez eux, ces interrogations sont poussées à l’extrême . »

Peuvent-ils rencontrer des difficultés ?

« Oui, c’est bien là tout le problème . Lorsque l’enfant n’arrive pas  à utiliser son potentiel, il déprime. Dès lors qu’il goûte l’ennui, il devient dépressif . Il a le sentiment d’être maintenu dans un milieu qui n’est pas stimulant. L’enfant intellectuellement précoce se posent des questions qui dépassent les adultes . A titre d’exemple, ils s’interrogent pas mal sur la mort. Un thème qui peut déranger. L’enfant en est conscient et n’ose pas en parler . Alors il se cache, il ne partage rien et, ou entre en dépression. Il s’ennuie avec ses copains car il se sent différent, rejeté. Il vit une situation qu’il ne comprend pas lui-même et se renferme alors dans son univers, faute de mieux. D’où des difficultés de socialisation à l’âge adulte. On remarque enfin qu’il ne possède pas toujours une belle écriture et ne se sent pas toujours à l’aise en sport . »

Y a-t-il un âge idéal pour dépister les enfants ?

« Disons plutôt qu’il est important de les dépister très vite, de manière à les orienter vers des structures qui leur conviennent. Ceux que je rencontre ont également entre 7 et 10 ans. Mais il m’arrive également de rencontrer des adultes qui ignoraient leur état.

Comment s’effectue ce dépistage ?

« Grâce à des tests psychométriques. Ce sont des épreuves variées qui durent deux heures, avec lesquelles il n’est pas possible de tricher. On va étudier le comportement de l’enfant dans son environnement en tenant compte de plusieurs critères : sa personnalité, sa créativité, ses intérêts et sa motivation. Si on ne prend pas en compte ces quatre paramètres, on risque de faire une erreur diagnostique . »

 

Propos recueillis par Nasséra Lounassi ( 2005 ).